Arrivée à Calcutta
Voyage impeccable en 2ème classe climatisée (le luxe) dans un compartiment à quatre couchettes qu’on partage avec Ima, gentille maman de deux adorables gamins de 9 et 4 ans, qui
supportent le trajet avec patience et bonne humeur. Draps, coussins et couverture fournis, ainsi que les plateaux repas (la même chose au déjeuner et au dîner, riz+dal+légumes plutôt bons et au
petit déj une omelette et du pain de mie). Les vendeurs de thé, café (plutôt mauvais), d’eau, de chips passent régulièrement. Les toilettes sentent un peu le pipi mais restent propres tout du
long. Il y a même des prises pour charger les tél portables (et l’ordi) mais malheureusement celles de notre compartiment ne marchent pas… Les trains indiens sont tous sans âge et rafistolés de
partout, avec des fils électriques à nu et des banquettes défoncées. A se demander s’ils ont jamais des rames neuves, ou si même neuves elles paraissent déjà vieilles. En même temps, ça
fonctionne, c’est hyper organisé, les résas sont totalement informatisées, les repas sont préparés dans les gares et les plateaux servis selon les commandes. En tout cas, c’est comme ça en 2nd
A/C, la classe qu’on utilise habituellement parce que, si on a préféré le train à l’avion pour laisser le temps au temps et voir défiler les paysages de l’Inde, on n’a pas poussé jusqu’à voyager
à la dure en 3ème classe. Chacun ses limites.
Calcutta donc. C’est la première fois qu’on vient dans ce coin et on ne sait pas trop à quoi s’attendre. L’arrivée n’est pas terrible. Depuis le taxi on découvre une ville en
ruines, des miséreux partout, les taxis sont des Ambassadors jaunes comme des gros scarabées qui crachotent une fumée noire, des bus rouges et bleus à la carrosserie bosselée de partout foncent a
toute blinde. Il y a aussi le tram, mais quel tram ! on dirait un jouet d'antan tout cassé, il y a une seule ligne et quasi personne dedans. On ne voit que du gris et de la poussière.
L’hôtel qu’on avait réservé (Hôtel Jaapon, on aurait dû se méfier) n’a plus qu’une chambre pourrie aux murs rose bonbon décrépis, aux draps douteux et dont la fenêtre donne sur un
mur. Le tout pour 900 Roupies, c.-à-d. 18 euros, un prix ridiculement élevé pour ce trou à rat(atouille). Mais apparemment c’est partout pareil, le réceptionniste est gentil, il nous offre un
café nous promet une meilleure chambre demain, on n'a pas le courage de repartir, on n'a qu'une envie : se doucher et manger. On restera une nuit.
Le lendemain on change de chaumière pour un immeuble ancien avec un hall et des escaliers immenses, un ascenseur des années 40 activé à la manivelle par un liftier qui, poverino,
doit avoir 80 ans bien tapés. Ambiance très durassienne. L’hôtel occupe une partie des 4ème et 5ème étages. Les autres apparts sont habités et semblent aussi très vastes. La piaule est
raisonnablement propre, 5m de plafond, deux ventilateurs, fenêtre, petit bureau, grand miroir, télé, eau chaude… pour 750 Rs, 15€. Pas donné par rapport à nos tarifs habituels mais bon, c’est la
ville, il paraît ? Les draps ne sont pas assez grands pour le lit et ils en mettent deux dans le sens de la largeur pour en faire un !
Le tenancier a des lunettes en cul de bouteille et une drôle de tête mais il est sympa et vif.
Même si les gens en général sont très très gentils, le choc malgré tout est rude. On est quelque part entre Tintin et Blade Runner. Une vision de science fiction où le téléphone
portable voisine avec le Moyen-Age. Trop de différences, autant économiques que sociales et culturelles. Et toute cette saleté, j’ai toujours du mal avec ça. Bombay et Pondy sont devenues
beaucoup plus propres depuis dix ans qu’on vient en Inde, mais ici on est encore loin du compte. Mes pieds sont noirs et je n’arrive plus à les récupérer parce que, catastrophe, j'ai oublié la
pierre ponce. Je déteste...
Les trottoirs sont éventrés, jonchés de détritus, les caniveaux emplis d’eau saumâtre… Des vendeurs de tout et de rien s’affairent partout, squattent par terre, installent leurs
stands. Des types vendent des cigarettes et des petits paquets de graines au milieu de la circulation aux automobilistes et aux passagers des bus, au péril de leur vie.
Les boutiques s’alignent les unes après les autres le long des trottoirs. Souvent, ce n’est qu’un trou aux murs noirs de fumée et de crasse qui s’ouvre sur la rue, certaines ne
font pas plus d’un mètre de large. Il y a ceux qui vendent, ceux qui réparent et j’ai vu un confectionneur de beedie qui roulait les feuilles d’eucalyptus à la main.
Dans la cour d'anciens palais rongés par l'humidité et le temps, les enfants jouent au cricket avec une vieille planche en bois et les femmes actionnent des fontaines antiques pour
remplir des bidons d’eau.
La vie est dure. La misère est là. On est en plein centre ville.
La rue à côté, Park Street, est l’une des avenues principales de Calcutta. Les chambres au Park Hotel valent 150 euros la nuit. L’Oxford Bookshop est une librairie magnifique,
extraordinairement bien achalandée, avec des rayonnages en bois, tout informatisée… Chez Music World, un magasin de disques ultra moderne, on acheté déjà 3 cd. On avait envie d’en acheter 30,
c’était Noël, toute cette musique indienne depuis Om Nama Shivaya en dizaines de versions différentes jusqu’aux derniers tubes de Bollywood… On a mangé une Forêt Noire délicieuse chez Flury’s, un
salon de thé style année 30 avec d’immenses lustres et un canapé semi-circulaire qui accueille les intellectuels et la bourgeoisie locale. On a bu un expresso en lisant la presse dans un café de
la chaîne Barista, où les gens viennent avec leur portable pour profiter du wifi…
Et dans cette même Park Street, un vieil homme assis par terre mendiait en sanglotant. L’une de ces images terribles auxquelles on n’échappe pas ici en Inde.
Alors bien sûr on se repose toujours les mêmes questions : que faire, pourquoi je suis là, ça rime à quoi, comment accepter l’inacceptable….
Et puis, une autre anecdote et la vie reprend ses couleurs et la cité de la joie mérite son nom : la tong de jicé se défait en pleine rue, alors qu'on est entourés par un groupe de
jeunes mendiantes qui trimballent leurs bébés morveux en ciblant les touristes dans Sudder Street, la rue où se concentrent toutes les guest-houses de routards. A éviter. Les filles, emmitouflées
dans leurs châles, s’intéressent complètement à la situation, veulent aider, cherchent un outil pour remettre cette foutue tong dans son trou, se la passent de main en main. Tout le monde se
marre. Finalement jicé arrive à réparer le truc mais la tong est tout de travers, et il faut tout recommencer Les filles n'en peuvent plus de rire. Elles sont tellement à l'aise, tellement
joyeuses, tellement sympas... Il n'est plus question d'argent, c'est juste un moment passé ensemble. Après on leur laisse 10 roupies à se partager et du coup, un autre éclopé vient râler en
disant qu'on ne donne qu'aux femmes, que lui aussi a besoin de roupies, bref il argumente… Tout comme une autre nana qui m’explique, toujours avec son mioche au bras, qu’il faut lui donner un peu
à elle aussi, parce qu’elle était pas là quand ça s’est passé.
Et on repart contents. Les gens ici sont extraordinairement gentils et gais.
Sacrée leçon dans cette ville si dure par ailleurs.
Oh une touriste....
jc et mr. chilli... qui connait toutes les bonnes adresses pour le shopping a calcutta!
Pas la peine de faire les fiers a Nice (et a Stras), Calcutta ne nous a pas attendus pour le tram ! Et les leurs sont en couleurs : jaune, bleu, rouge.
Bon dimanche !
PS: j'ai achete une pierre ponce, ca va mieux
PS2; j'ai un rhume carabine....avec un accent sur le e
jeudi après un voyage de 32h en train : un jour + une nuit + encore 1/2 journée pour parcourir les presque 2000 km qui séparent Bombay de la cité de la joie à la frontière du
Bangladesh.
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